Scénario 4 – Grandes Dépressions

Été-automne 2020 : Après l’accalmie de l’été, l’épidémie repart dès l’automne 2020, en même temps que d’autres virus saisonniers. En effet, le manque d’adhésion de la population aux mesures de distanciation physique et la difficulté rencontrée par les forces de l’ordre à réguler les comportements imprudents a permis au virus de continuer à circuler.

Face à une épidémie qui dure, le gouvernement ne parvient pas à imposer ses décisions ni à rassembler

le pays autour d’une stratégie partagée. Au contraire, la confiance des Français s’érode, d’autant plus qu’ils souffrent de la dégradation des services publics. De leur côté, les collectivités sont de plus en plus nombreuses à revendiquer la nécessité de politiques sanitaires adaptées à leurs spécificités. De fait, elles mettent progressivement en place des mesures complémentaires à celles de l’État, et parfois même contradictoires avec ces dernières. Les découplages des trajectoires des territoires se renforcent donc en fonction de leur situation sanitaire et des moyens dont ils disposent pour y faire face. Il en résulte des inégalités croissantes pour les individus selon leur lieu de vie et leur profil de risque.

Décembre 2020-mars 2021 : Avec l’hiver, le système de santé français se retrouve de nouveau débordé, même si de manière inégale selon les services et les régions. Le gouvernement est contraint d’imposer une ou plusieurs périodes de confinement (au niveau régional ou national) dès janvier 2021.

La poursuite de la crise sanitaire plonge la France dans une crise économique majeure : le PIB aura diminué de 15 % au cours de l’année 2020. La situation européenne et internationale ne laisse guère d’espoir d’un regain de la croissance. Certaines multinationales sont en grande difficulté et l’État est contraint de monter au capital voire de les nationaliser. Parmi les PME, les faillites sont nombreuses, et les licenciements massifs. Les impacts sont majeurs sur l’emploi, la hausse du taux de chômage est dramatique, y compris dans les secteurs qui avaient été initialement les moins touchés par la crise. Les revenus et la consommation baissent, et les aides de l’État sont insuffisantes pour relancer l’économie.

Printemps-été 2021 : Dans un contexte de grande précarité économique et de stratification croissante de la société, les solidarités s’organisent de manière hétérogène et inégale. Les individus se recentrent sur leur sphère de proximité. Les ménages sont de plus en plus amenés à recourir à des pratiques de débrouille locales (entraide, échanges de services). L’économie informelle se développe fortement. Les sorties de l’emploi traditionnel s’accroissent, pour échapper au chômage et à la dégradation des conditions de travail. Le travail n’est plus forcément une priorité, et peut même devenir une source de stress à laquelle de plus en plus d’individus cherchent à échapper. Le temps, la qualité de vie, la famille deviennent plus que jamais des priorités pour échapper à un contexte national anxiogène. Une partie de la population des grandes métropoles les quitte durablement.

cf https://up-magazine.info/decryptages/etudes/62485-covid-19-les-sombres-scenarios-des-18-prochains-mois/

Automne 2021 : Les recettes de l’État s’amenuisent tout au long de l’année. Dès le dernier trimestre 2021, la pérennité du système de protection sociale est questionnée, entre déséquilibre financier et remise en cause de son principe même. Le retour à la normale apparaît maintenant improbable. La société française se reconstruit sur des communautés plus restreintes que la communauté nationale, et peine à trouver la motivation et le souffle nécessaires pour sortir collectivement de la crise.

Au contraire, les Français sont de plus en plus nombreux à considérer qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leurs proches, leurs communautés de vie pour s’en sortir, et construire des perspectives d’avenir meilleur.

Les contestations se multiplient mais avec une très grande diversité d’objectifs, d’acteurs, de destinataires et de durée. Elles créent une perturbation permanente qui se traduit par un climat social sans arrêt en effervescence, mais sans explosion.

Source : Futuribles (Crise du Covid-19 : quels scénarios pour les 18 prochains mois ?)