Comment envisager dans ces circonstances, une SECESSION massive

Nous sommes toujours très surpris de voir circuler des pétitions contre notre liberté d’expression qui s’adressent aux maitres que vous avez élus dans ce système de gouvernance.

Il semble que pourtant nos contemporains devraient percevoir  que les luttes écologistes très soutenu par des luttes économiques sont sans issue et qu’elles résument surtout dans cette période dite de « Crise » les mouvements corporatistes de type poujadiste d’un autre âge et dans un autre monde ou il était question de soutenir la croissance industrielle qui aujourd’hui signifie la destruction de notre monde.

« L’idée de démocratie repose sur la fable qui veut que tout pouvoir constitué s’enracine dans un pouvoir constituant, que l’Etat émane de la nation. « 

« Dans cette démocratie  » valise » le pouvoir et ses institutions sont des formes vides. »

Comment envisager dans ces circonstances, une SECESSION massive : lorsque cette « raison » n’entend plus battre le cœur de l’humanité et se croit au-dessus de toutes les limites, elle devient vide de sens et n’est rien d’autre qu’une nouvelle religion.

La seconde raison de notre refus, parce qu’elle ne peut pas, ne doit pas, être séparée de la première, porte sur ce qu’apporte dans ses valises cette« démocratie représentative » : son mode de vie fondé sur le mal avoir (après l’esclavage, les colonisations dont celle de l’imaginaire, le pillage des ressources, des terres et des forets jusqu’à l’immigration « choisie », après la main d’œuvre, lorsque l’Occident manquait de bras, est venu le temps de piller les cerveaux), et son mode d’organisation de « société » fondée sur la sacralisation de la propriété et de la liberté individuelle (« seul(e) au monde je fais ce que je veux »), sur la consécration d’une nouvelle divinité, l’argent, et le primat de l’économique, sa financiarisation et le régime de la dette illimitée.

Depuis la révolution industrielle l’étalon-or servait essentiellement de base au système monétaire international, puis vinrent les accords de Bretton Woods en juillet 1944, puis le 15 août 1971, suite au creusement du déficit dû à la guerre contre le Viêt-Nam, R. Nixon met fin à la convertibilité du dollar américain en or. A cette date la masse de dollars dans le monde atteignait 53 milliards de dollars, ce qui constituait cinq fois les stocks d’or du Trésor américain … Après le processus de dématérialisation de la monnaie que représentent aujourd’hui les stocks d’or par rapport à la circulation monétaire dans le monde ?

En suivant ce « modèle » nous avons, ici, abandonné nos devenirs aux mains de différents professionnel(le)s dans le cadre des institutions de la République ; institutionsque ces professionnels se sont taillés sur mesure et à la tête desquelles plastronnent de soi-disant décideurs devenus, avec leur consentement, les rouages de la méga machine ; aujourd’hui, par leurs pantalonnades, ils servent de paravent à ce « modèle » de démocratie tout en obéissant à leur maitre suprême, la finance.

Les différentes castes institutionnelles partisanes, syndicales, associatives,… se répartissent les rôles pour nous faire croire que la démocratie doit passer uniquement et uniformément par la représentation. L’objectif de ces structures, fonctionnant toutes sur le même mode pyramidal, est de servir de « filtres » ; pour être reconnus nous devrions adhérer, nos paroles devraient passer par l’intermédiaire de ces structures afin d’être « traduites » par les gens qui savent de façon à les rendre conformes à leur schéma de pensée.

La mise en scène est assurée par les médias bien-pensants et les experts en tout genre qui ressassent à longueur d’ondes et à travers les différents écrans la même antienne.

Hier le roi montait sur le trône de droit divin ; aujourd’hui nous élisons rois, reines et roitelets.

En même temps, nous nous dessaisissons de nos propres responsabilités, tout en nous donnant bonne conscience par le vote. Ce « devoir de citoyen » accompli nous donnerait, en plus, le droit de nous ériger en censeurs. Ces « bons citoyens » consentent docilement à élire leurs maîtres par délégations successives jusqu’au maître suprême, adoptent leur langage, et ensemble, nous jettent avec mépris dans la case des abstentionnistes et veulent nous culpabiliser. Nous serions, disent-ils, des « je-m’en-foutistes », avant d’entonner l’autre refrain, nous « ferions le jeu des populistes ».

Le seul but de cette compétition est de garder le pouvoir pour les uns, de le conquérir pour les autres, et vice versa, de façon à ce que les affaires puissent continuer au profit d’une infime minorité et au détriment du grand nombre, là-bas et ici.

Ces compétiteurs ne nous écoutent pas et à fortiori ne nous entendent pas ; ils sont là pour appliquer la feuille de route dictée par le maître suprême quitte à bafouer des verdicts populaires (cf. en mai et juin 2005 en France et aux Pays-Bas, récemment en Grèce où la « démocratie » ne pourrait s’exercer, disent-ils, que dans le cadre de traités existants, traités votés par de prétendus représentant(e)s), et ce par-dessus la tête des peuples. D’autant que la porte des centres névralgiques du pouvoir est largement ouverte aux différents « groupes de pression », banques, entreprises transnationales,…, qui ne se privent pas d’influencer les exécutifs, les cabinets ministériels et autres représentant(e)s afin d’imposer leurs vues ; leurs agissements ont bien plus de poids que l’expression des gens ordinaires.

Pour détourner l’attention, sous prétexte de changements, ces compétiteurs modifient aussi la constitution. Celle de la cinquième République l’a été 24 fois à ce jour ; parfois pour l’ADAPTER aux directives d’excroissance comme l’Union Européenne, excroissance instituée par les mêmes protagonistes ; ou pour aggraver encore la présidentialisation du régime comme lors de la dernière révision constitutionnelle soumise à référendum remontant à septembre 2000, portant sur le quinquennat, et adoptée par 18,55 % des inscrits.

D’autre fois ils pérorent sur la reconnaissance du « vote blanc »… et continuent à calculer le pourcentage de voix recueillies par l’heureux élu(e) par rapport aux « exprimés ». Ces élu(e)s sont toujours autant minoritaires, il suffit de rapporter le nombre de voix de l’élu(e), ou de la liste, au nombre des inscrits, et ce quel que soit l’échelon.

D’autres encore veulent modifier la constitution pour passer à la sixième république sans rien changer au système représentatif ; leur objectif essentiel est la prise du pouvoir et de celle-ci découlerait le reste, c’est à ce niveau que se situerait l’alternative ! Ceci est au aussi vain que de prétendre vouloir sortir de l’Union Européenne sans sortir aussi du Fond Monétaire International et de ses «plans d’ajustement» criminels, de la Banque Mondiale, de l’Organisation Mondiale du Commerce, …

Pour autant nous refusons le facile « tous pourris » ; nous affirmons que ce n’est pas une question de personne ; c’est une question de système. Certes, le rêve de quelques-uns(e)s (e)s se bornent à « arriver en haut de l’affiche » et de s’y maintenir ; certes, pour beaucoup d’entre eux, le carnet d’adresses et l’entregent servent de passeports pour assurer les passerelles entre administrations, cabinets ministériels et privé, ils ne connaissent ni le chômage, ni la précarité ; certes, certain(e)s autres, peuvent parfois se servir au passage, tant ils/elles se croient au-dessus de la loi qu’ils font eux-mêmes et/ou, grâce à leurs conseillers, savent la contourner. Nous affirmons qu’à l’intérieur d’un tel système nous ne serions pas meilleurs ; en revanche nul n’est obligé de s’y adonner.

Nous devrions pourtant savoir, avec le temps, que les promesses n’engagent que celles et ceux qui veulent bien y croire et en même temps le vote d’adhésion est rare ; le plus souvent le vote se fait « contre » ou « pour le moins pire », puis nous recommençons et recommençons encore pour finir par être déçu et de brûler le lendemain ce que l’on adorait la veille.

D’élections en élections est ainsi venue se greffer une prétendue voie/voix « propre » et « antisystème », alors que ces gens-là font feu de tout bois pour concourir à la course à l’échalote à l’intérieur de ce système représentatif ; leur seul objectif est de devenir calife à la place du calife sans rien changer au système, ni à sa matrice, en dehors de durcir encore notre domination. Le terrain a été bien préparé par les « partis de gouvernance » en instrumentalisant nos peurs et en manipulant l’opinion.

Dans ce monde violent où la compétition est érigée en principe « naturel » les liens entre êtres humains se rompent, la misère s’installe. Selon l’association Oxfam « l’an prochain le patrimoine des 1 % de la population mondiale dépassera le patrimoine de l’ensemble des autres 99 % », et ce malgré les lois et les droits chers aux tenants de la Raison.

Sur ce terreau, au fil des ans, souffle, dans ce pays, aussi, un vent mauvais qui attise les braises des plus bas instincts (la haine de l’Autre, le repli identitaire, la «race») et conduit à la stigmatisation, à la désignation à la vindicte populaire de boucs émissaires successifs. Tant et si bien que nous nous entredéchirons, parfois davantage, repliés dans les divers estancos au nom de «ce qui nous ressemble», ou autour de notre nombril,… ; pendant ce temps nous oublions les véritables responsables cachés derrière les écrans de fumée et le «spectacle» médiatique.

Au-delà des élections, nous refusons aussi, et surtout, de nous situer plus longtemps danscette pensée hégémonique et dans cette vision binaire du « pour » et du « contre » ; le contre n’est que l’autre face de la même pièce.

Rester dans cette pensée et cette vision c’est consentir à suivre le chemin tracé par des minorités, agissantes ou élues. Ce chemin présenté comme différent est pourtant sous-tendu par la même matrice : la croissance sous toutes ces formes, la consommation, le pouvoir d’achat, le crédit et sa corde gratuite que nous nous passons autour du cou, l’emploi dans la concurrence au nom d’une prétendue modernité, …, l’innovation, le progrès, où la science et la technique sont là pour pallier tous les problèmes liés à cette fuite en avant dans l’illimitation sur une planète aux ressources pourtant finies… Obnubilés par le prestige dont jouissent la science et la technique et par notre croyance au progrès infini, nous oublions qu’elles ne sont pas neutres ; elles obéissent au système d’organisation de l’actuelle « société », et notre adhésion à cette logique, admirative ou forcée, le renforce.

Rester dans cette pensée et cette vision c’est entériner ce mode de vie et son mal avoir sans se soucier des conséquences sur l’ensemble du vivant (les autres, là-bas et ici, et ce qui nous entoure).

Continuerons-nous de foncer tête baissée sans même savoir où nous allons, au nom d’un réalisme de pacotille fondé surune prétendue modernité qui nous obligerait coûte que coûte à avancer et à s’adapter ? Ou pire, résignés, en état de sidération, continuerons-nous à faire semblant de ne pas savoir, de ne pas voir, de regarder ailleurs,… ?

Sortons de notre torpeur et de nos illusions, sans sous-estimer les difficultés.

Il s’agit de faire autre chose et autrement

Ainsi par notre double refus nous exprimons notre volonté de faire réellement de la politique et de ne plus consentir à alimenter ce système représentatif et ce qu’il véhicule, le système capitaliste, blotti ici, derrière la République, … à moins que celle-ci soit le nom de celui-là ! Ce système n’a jamais représenté, ici, ni là-bas, les gens ordinaires, les 99% qui sont soumis au diktat des UN %.

Tant que nous ne remettrons pas en question ce prétendu « modèle » (représentation et organisation d’une prétendue société où « seul au monde je fais ce que je veux, les autres, et ce qui nous entoure, n’existent plus ») et cette pensée hégémonique occidentalo centrée nous continuerons de jacasser sur la fraternité, la solidarité, l’égalité, l’aide et son rapport de dominants sur les dominés imposant son «modèle»,…

Au préalable … avant de pouvoir dire NON ne faut-il pas lever notre état de sidération ? Actuellement nous ne nous autorisons même plus à penser que cela soit possible, tout esprit critique est banni. Nous sommes pris dans un système TOTALITAIRE, et ce, sous de « beaux » discours au nom de la « démocratie » nous nous mettons la laisse et le collier tous les matins et ainsi l’entretenons !

Notre révolte est non violente, nous refusons de rentrer dans le cycle de la violence d’où qu’elle vienne, nous rejetons tous les intégrismes.

« Vivre simplement afin que les autres puissent simplement vivre » disait Gandhi ; vivre simplement pour nous donner la force de vivre debout, ici, là-bas et maintenant. Nous n’attendonsplus rien du grand soir, du tribun, du chef, du guide, …, des différents dieux comme des différentes religions,… En revanche nous respectons celles et ceux qui ont la foi. Nous refusons de nous soumettre à quelque berger que ce soit, et ce quelle que soit la couleur de son masque !

« … l’Homme n’existe que dans le refus de ce qui l’enferme dans l’ignorance et la soumission » Boualem Sansal

Le premier pas, le plus difficile, est de retrouver, peu à peu, le courage de dire NON, d’autant que la prémisse viendra de chacun(e) d’entre nous sans attendre que l’autre le fasse à notre place. Et en même temps si nous restons isolés nous nous décourageons, c’est en se tournant vers les autres, en s’entraidant, en faisant, même de toutes petites choses ensemble pour commencer, que nous retrouverons un peu de confiance, récupérerons nos potentialités enfouiesau plus profond de chacun(e) d’entre nous et pourrons ainsi à nouveau renouer avec l’esprit du mouvement critique afin de dire NON AVEC les autres.

Ouvrons notre porte et en même temps osons franchir à nouveau le seuil pour atteindre le palier, l’escalier, la place ; osons à nouveau regarder autour de nous, et non envier celles et ceux qui se croient au-dessus de par leur position sociale,… Nous ne disons pas que « faire autre chose et autrement » soit facile, nous n’essayons même plus… La vie a-t-elle été facile pour celles et ceux qui nous ont précédés comme pour celles et ceux que nous continuons à piller ? La vie est-elle facile pour celles et ceux qui osent se LEVER ?…

C’est seulement en rencontrant les autres que nous nous libèrerons du formatage utilitariste inculqué dès le plus jeune âge par l’école, comme par les autres institutions. Le rôle de ces institutions est de diffuser les normes de ce type de « société » où seule la rentabilité et la compétitivité compte, et de mettre en place les différents mécanismes d’évaluation, de notes, de classements répondant à ces normes. Pour autantnous ne confondons pas les enseignant(e)s, ni les personnes travaillant dans la police, la justice, la santé, la recherche, l’art, le paysan, l’éleveur, le robin des bois, le faucheur volontaire en milieu ouvert, le lanceur d’alerte,…, avec leurs institutions respectives ; dans tous les domaines des personnes refusent de se coucher et remettent en question ces normes, établies par qui ?, quelle est la logique qui les sous-tendent ?,au profit de qui ?,…

C’est aussi en rencontrant les autres que nous nous libérerons de l’emprise des prothèses numériques. Les écrans de télés ont ouvert le champ du «temps de cerveau disponible», avec les prothèses numériques nous sommes passés au stade supérieur atteignant durablement et profondément notre psychisme. Cette emprise numérique (pour reprendre le titre du livre de Cédric Biagini) impose le mode d’organisation de cette «société» avec la destruction des collectifs de travail par l’individualisation et la parcellisation des tâches jusqu’à envahir nos vies privées, ne doit-on pas être branché(e)s en permanence, disponible et en capacité de répondre à toute heure ; par ailleurs le nouveau «doudou» serré dans la main ou greffé à l’oreille, fier(e)s de notre modernité !, nous assurons et assumons notre auto flicage.

La communication utilitariste, jusqu’à l’intime, prend la place de la rencontre ; nous nous enfermons dans notre isolement face à l’écran «entouré» de milliers «d’amis» virtuels.

Le caractère binaire de ce mode de communication se traduit par un appauvrissement de la pensée ; l’avalanche d’informations sans contenu réel conduit à des troubles de la concentration et à une incapacité à établir des liens entre des connaissances, à effectuer un travail approfondi, à faire des efforts pour comprendre un sujet complexe. Cette emprise numérique conduit, toujours au nom de la modernité, à une perte des savoir-faire et des savoir-être, à l’atomisation des individus jusqu’à leur fragmentation. Avec le codage des gènes et leur brevetabilité après les graines et leurs chimères génétiques, les animaux, le marché s’attaque aujourd’hui aux parcelles du corps humain via la procréation médicale assistée et la grossesse pour autrui notamment, et ce à travers un dévoiement du don (cf. « le Corps-Marché » de Céline Lafontaine) ; cette logique est celle de la marchandisation de TOUT le vivant, rien ne doit lui échapper.

L’autre difficulté à surmonter dans ce monde atomisé ne se situe-t-elle pas à prendre le temps de la rencontre afin d’entrecroiser l’unicité de chaque personne, et non de sa différence, avec celle de l’autre tant notre imaginaire s’est appauvri dans ce monde utilitariste où seul compte«l’efficace», le «rentable», le «court terme», le «résultat», le «gagner plus», le «toujours plus vite», «toujours plus»,… ; dans cette logique toute frustration devient insupportable, les autres n’existent plus.

N’est-ce pas à travers la libre association que l’individualité apporte sa contribution au commun et rencontre alors l’altérité ; cette rencontre avec l’autre, où chacun(e) donne et reçoit de l’autre ne permet-t-elle pas en retour à chacun(e) de grandir ?

Voulons-nous faire encore quelque chose avec les autres aujourd’hui ? Voulons-nous, avec ténacité, avec nos doutes, et grâce à nos efforts, reconstruire en marchant notre autonomie en apprenant des autres et de nos erreurs ?

N’est-ce pasces premiers pas de côté, incertains et difficiles, en empruntant des chemins de traverse, parfois escarpés que nous retrouverons peu à peu les voies de l’émancipation oùl’entraide, la coopération, le partage, le donner/recevoir/rendre hors échanges marchands repousseront l’illimitation et la compétition.

Aucun être humain ne peut s’émanciper tout seul ; personne ne nous émancipera à notre place. L’être humain n’est qu’une partie du vivant ; nous ne pouvons pas vivre sans les autres, ni contre les autres, ni contre nous-mêmes ; nous ne pouvons pas davantage vivre sans ce qui nous entoure, ni contre ce qui nous entoure, n’en déplaisent aux techno scientistes et autres Trans humanistes ! Leurs prétendus « êtres augmentés » ne sont que des artéfacts, l’humanité n’est plus de leur monde ; ils osent prétendre, au nom du progrès, pouvoir nous rendre immortels, leur folie est aussi sans limite.

Libérons notre imaginaire, cessons de suivre, CREONS à nouveau, faisons et pensons par nous-mêmes, avec les autres, et avec la nature.

L’égalité est le présupposé, chaque être humain, de là-bas et d’ici, est égal à l’autre, chacun(e) a sa place et met la main à la pâte, chacun(e) est reconnu pour ce qu’il EST, et non pour ce qu’il a ou pour ce qu’il fait.

Le COMMUN est LE principe politique. Le principe c’est « ce qui vient en premier, et fonde tout le reste » Pierre Dardot et Christian Laval dans « Commun ».

Il ne s’agit pas seulement de rester dans le dire, il s’agit de faire, là où nous vivons, à partir des choses de la vie auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement.

Faire c’est être partie prenante de la délibération collective, de la prise de décision et de l’écriture des règles qui les permettent. C’est encore mettre la main à la pâte pour les faire vivre sur la durée en les soumettantà l’expérimentation quitte à devoir à nouveau travailler ces règles, qui, élaborées par nous-mêmes, nous obligent.

Selon ce principe nous redéfinirons les communs, non pas en tant que biens ; derrière le bien se cache le maître, le marché ou l’Etat. Nous lierons aussi ces communs à leurs usages et à la façon de nous organiser pour les faire vivre. Nous savons que nous ne sommes que de passage, soyons modestement des passeurs…

Faire de la Politique ce n’est pas entrer en compétition pour prendre le pouvoir. Nous affirmons clairement que nous refusons le pouvoir.

Le pouvoir n’est que « faire faire » ; celles et ceux qui veulent s’en emparer font valoir leur titre «naturel» à ordonner, de par leur naissance, leur argent, leur expertise, leur «savoir» …, et ce au nom du peuple bien évidemment !

Nous ne prétendons pas partir d’une page blanche, le devenir est intrinsèquement lié à notre passé ; nous ne prétendons pas davantage détenir un autre modèle «de prêt à penser». Nous voulons réinterroger notre passé et l’entrecroiser avec celui des autres cultures ; aucune culture n’est supérieure à l’autre.

Nous voulons ainsi sortir de la pensée hégémonique occidentalo centrée pour « accepter enfin d’avoir à penser avec les Lumières contre les Lumières », Jean-Claude Michéa dans «Les mystères de la gauche».

La Raison ne peut pas effacer les émotions, ni se laisser gagner par elles ; l’argent ne peut pas être une fin en soi, nous ne pouvons pas vivre sans spiritualité. C’est au nom de la Raison que nous voulons retrouver les voies/voix de la mesure, et la décence.

La démocratie réelle n’est pas une affaire réservée à quelques professionnel(le)s, elle n’est pas séquentielle (limitée aux jours d’élection). Elle s’exerce au quotidien, elle prend son élan à partir des choses de la vie, elle ne peut être que directe, et c’est l’affaire de n’importe qui.

La démocratie ce n’est pas le consensus à priori. La démocratie c’est le conflit dans le sens de la discussion, ça peut aller parfois aussi jusqu’à se disputer ce qui n’exclut aucunement la fraternité, puisque chacun(e) est égal à l’Autre, a sa place, apporte sa contribution et reçoit des autres. Ça commence par se rencontrer en sortant des différents estancos et en s’émancipant de leur liturgie. C’est (re)faire société, à la racine, là où la liberté se situe à nouveau à l’articulation entre le singulier et le commun.

La démocratie, et cela est ESSENTIEL, ne peut pas, ne doit pas faire système, sinon elle nous conduit inexorablement vers un système totalitaire comme c’est le cas aujourd’hui pour la « démocratie représentative ».

Des formes de démocratie se construisent sur le territoire où nous vivons Et avec ce qui nous entoure, il y a probablement autant de façon de s’organiser que d’actions à mener sur la durée en liant le faire au «pour quoi» et au «comment».

C’est aussi s’interrogersurla bonne taille de la commune, probablement quelques milliers de personnes ; ce quin’a rien à voir avec les divisions administratives existantes.

La démocratie ne peut pas scinder le politique d’un côté et le social de l’autre. D’autres formes de démocratie se construisent aussi sur les lieux d’activité, où nous produirons ce dont nous avons réellement besoin , où nous créerons aussi, afin de rapprocher, les lieux de vie ET ce qui nous entoure, des lieux d’activité,et en même temps de nous auto organiser dans ces ateliers ; et non autogérer, ce n’est pas une question de comptabilité obéissant à la matrice utilitariste.

C’est au sein de la commune et de l’atelier que nous pouvons à nouveau retrouver la capacité de faire.

Se ré enraciner sur le territoire et en même temps s’ouvrir aux autres, nous refusons de nous replier sur nous-mêmes, nous ne voulons pas survivre en autarcie. Nous ne voulons pas tout produire et nous ne le pouvons pas (cf. ci-dessus) ; nous n’avons pas la prétention de tout savoir, ni de tout décider en un seul lieu ; ni de constituer un « nouveau » centre. Nous voulons seulement, simplement, mettre une touche de couleur sur le tableau ; et ainsi de place en place chaque commune, chaque atelier (d’ici et de là-bas) y déposera la sienne, desquelles nous nous inspirerons en retour afin de construire peu à peu notre œuvre commune.

Il n’y a pas UN chemin, encore moins LE chemin, mais DES chemins et les chemins se font en marchant pour paraphraser A. Machado. Et ainsi personne n’est obligé de marcher du même pas, ni à fortiori au pas.

A partir de cette double fédération (commune et atelier), dont la limite de l’une ne recouvre pas forcément celle de l’autre, nous irons de place en place, selon le même principe, vers le « niveau du dessus », le bassin de vie par exemple, tout en intégrant les spécificités de cet « étage », et ce sans pour autant que ce niveau vienne influer sur les modes d’organisation et de décisions des fédérations du « dessous » ; et ainsi de suite …

La démocratie ne peut pas davantage se concevoir sans se réapproprier le temps. Elledépend de notre engagement dans ce que nous faisons au jour le jour, elle nous oblige à donner dutemps pour la faire vivre.

Pour concilier cet engagement avec la vie privée, sur la durée, nous nous organiserons selon une rotation des tâches qui serontde courte durée (autour d’un an et, au plus, de deux années consécutives).

Nous ne pouvons pas être présent(e)s en permanence et partout, nous ne nous pensons pas indispensables, la confiance en nous retrouvée nous ferons confiance aux autres.

Nous agirons aussi par mandats. Les mandatsseront révocables et semi impératifs (afin de laisser une marge de manœuvre aux personnes mandatées lors des discussions).

Nous expérimenterons également le tirage au sort afin de sortir de la compétition et de l’enrégimentement.

Cetirage au sort désignera pour chaque tâche et/ou projet deux personnes afin de s’épauler l’une, l’autre ; et pour pallier, le cas échéant, une démission ou un empêchement de l’une d’entre elles. Cette pratique fera croître le savoir-faire et le savoir-être de chacun(e) et de tous, ellepermettra aussi au plus grand nombre de s’exercer à la démocratie directe, et d’apporter, chacun(e), sa contribution à l’œuvre commune.

La démocratie est toujours en danger et reste liée à la constance de nos actes au quotidien. Aucune constitution, ni aucun artifice, ne peuvent garantir la démocratie ; sans l’irruption des gens ordinaires prenant en main leurs vies nous en restons aux discours et entretenons les illusions.

Tant que nous penserons dans la langue de nos maîtres nous resterons asservis ; non seulement nous ne panserons pas nos maux mais nous consentirons à les aggraver là-bas, comme ici.