Poèmes

Les
              poèmes s'inscrivent dans le temps

de Benoist Magnat

Janvier 2021

Litanie

Je veux inventer un autre temps

Un temps d’histoires racontées à pas lents

Des temps d’amour partagés et désirés

Un temps d’arbres, de fleurs et d’arbrisseaux

Des temps de poésie simple ou compliquée

Un temps de recherche des temps perdus

Des temps d’avenirs radieux et réalisables

Un temps d’opinions tranchées sur l’Etat du Monde

Des temps de rivières et de fleuves tranquilles

Un temps de liberté crue et non virtuelle

Des temps d’oiseaux envolés dans mes rêves

Un temps de vagues et de mers

Des temps d’optimisme et de résistances

Un temps de changement et de soleil

Des temps d’avoir le temps pour l’essentiel

Un temps d’espérance pour les exclus

Des temps immenses pour les luttes libératrices des femmes

Un temps pour penser jusqu’à la racine du temps

Des temps pour vivre pleinement jusqu’à des orgasmes de vie

Un temps pour aimer toute l’humanité et tous les êtres vivants

Des temps pour rayer les pollutions zébrant le ciel et la terre

Un temps pour des poèmes chaleureux qui étreignent  les douleurs

Des temps pour les malades, les chômeurs et les SDF

Un temps pour mettre le nucléaire et le capitalisme sous cloche

Des temps pour vivre l’écologie avant les déluges

Un temps pour vous dire mon amour et mes colères

            Jusqu’à la fin des temps

Masculin Féminin 

Sexe mou de la dernière reddition

Je ne sais plus mon sexe

entre méandres de rizières et chef de gare

ou mignonne va voir si la rose et la guerre

Je suis une sangsue de vagin évasé

ou un tampax virginal déclassé

Je galope à travers les sapins

pour slalomer entre les trous

Féminin aquatique avec bleues de l’âme

ou masculin de banlieues rouées de verges

Je m’égare dans les mangroves tropicales

et me cogne aux portes en chêne occidentales et fermées

Je regarde mes mains hydrogénées

ma poussée de seins entre deux haltes

et mes pieds palmés qui cane le coin-coin

pour avancer inexorablement  vers l’électrique métal

Sextoys distributeurs de bonbons roses ou bleus selon les moments

Je galère mes sexes entre radio à baleine

et caviar cryogénisé entre deux coups de reins

et une platitude humide de repas télé

Je n’ai rien choisi dans la défonce extrême

et dans les champs de fleurs mortes au combat

J’hésite entre les seins de ma mère

et la trique de la dernière heure

Les brumes de l’hiver me rendent floues

et je crie sur le toit d’une maison inondée

que le ciel m’aplatisse en tuile flottante

pour affronter mes déluges intérieurs

Pére
              fouettard on Twitter: "si on arrête de travailler
              (gréve) il va faire chaud en France !!!!!
              https://t.co/gM25cBKV3A"

Brasser la joie

à fouets tendus

jusqu’à l’orgasme divin

Poèmes et haîku de Benoist Magnat

Mallarmé et Bonnard

L’amour sans trêve

Ce triangle d’eau qui a soif
cette route sans écriture
Madame, et le signe de vos mâtures
sur cette mer où je me noie

Les messages de vos cheveux
le coup de fusil de vos lèvres
cet orage qui m’enlève
dans le sillage de vos yeux.

Cette ombre enfin, sur le rivage
où la vie fait trêve, et le vent,
et l’horrible piétinement
de la foule sur mon passage.

Quand je lève les yeux vers vous
on dirait que le monde tremble,
et les feux de l’amour ressemblent
aux caresses de votre époux.

Antonin Arthaud
L’ombilic des Limbes

David Hockney

Le toucher invente dans la nuit
un dessin nouveau.

Et le corps reformule en lui-même
la réalité primordiale.

Le toucher est une autre forme de pensée du corps.


Roberto Juarroz, extrait du recueil Poésie verticale.  Sainte Marie rebelle selon Benoist
 

Le rire qui vient à ta bouche

Est un ruban qui se détache

Et son bout libre va toucher

Le visage qu’il gratifie…

C’est comme un châle qu’on retire

Lorsqu’on le retire d’un geste

Où une joie s’en vient danser

Puisque ce geste a été fait…

C’est un rire qui fait chanter

Cette volonté de sourire

Que ton rire a su prodiguer

À qui, sous le rire des yeux,

Voit ta bouche toute à sourire…

Fernando Pessoa, Pour un Cancioneiro. la Pléiade

Allégorie de l’espoir (2020-21) Julien Blaine

Ventabren Art Contemporain

2020

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2020

2020

2020

ENFiN

EN FiN

DE CET AN

FOU .

OUF !

2021 ?

Julien Blaine

RIENS

Si peu…

Le jour se lève encore

Pour accomplir sa vacuité

Encore heureux que les oiseaux viennent picorer

Sur le tableau non peint même pas esquissé

Et que le soleil perce les nuages

Sans artifices ni tambours de ville pour annoncer sa venue

Trop peu…

L’eau dormante ne se réveille pas de bonheur

Au gel qui la froidure

Et la porte qui grince délaisse ses gonds

Abandonnés au visiteur absent

Les horloges se taisent de peur d’être dénoncées

Si jamais elles donnaient l’heure de la sortie

Ou celle de la danse ou celle de la musique

Trois fois rien…

Jalouser le passé n’abolit pas l’inquiétude du futur

Ni ne tarit la sécheresse du présent

Les clowns ont plié leurs costumes

Et déserté les pistes aux gradins muets

Sous les applaudissements qu’ils s’envoient à eux-mêmes

Pour se savoir encore un peu vivants

Les petits riens…

De sixaines en sixaines

Nos horizons jouent à saute-mouton avec le temps

Et nos amours trépignent sur place

Quelques mots encore pour impatienter nos silences

Pour gémir en pensant crier

Pour chanter faux sur des partitions envolées

Pour dire l’indicible et détruire les prières

Pour espérer savoir passer le temps…

Pierre Platon

Confiture 2021

Une bassine en or

Des cuillères en argent

Des pots en cristal

Mélanger sans précipitation :

Une tonne de sourires

Un millier de rires

Des rencontres émouvantes

Des mains tendues

Des caresses soyeuses

Des bisous touchants

Des mots de tendresse

Des journées lumières

Des nuits remplies d’étoiles

Du soleil malgré la pluie

De belles surprises

De l’amitié à foison

Une forme à toute épreuve

Saupoudrez le tout d’amour

Et des étoiles de vos yeux

Versez chaud dans les pots

Et dégustez toute l’année.

Maria ANGELLE

J’attache de la valeur à toute forme de vie,

à la neige, la fraise, la mouche

J’attache de la valeur au règne animal

et à la république des étoiles.

J’attache de la valeur au vin tant que dure le repas,

un sourire involontaire, à la fatigue

de celui qui ne s’est pas épargné,

à deux vieux qui s’aiment.

J’attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien

et qui aujourd’hui vaut encore peu de chose…

J’attache de la valeur à l’usage du verbe aimer.

Erri De Luca.

Sous la beauté aléatoire du ciel

Paré d’une année toute neuve

L’Homme marche vers l’inconnu de son avenir

Il se déplace sur l’ocre de la rive de sable

Et guette attentif l’éclat précieux

D’une nouvelle année riche de bonheur(s)

Marie-Paule

C’est l’hiver sans parfum ni chants.
Dans le pré, les brins de verdure
Percent de leurs jets fléchissants
La neige étincelante et dure.

Quelques buissons gardent encor
Des feuilles jaunes et cassantes
Que le vent âpre et rude mord
Comme font les chèvres grimpantes.

Et les arbres silencieux
Que toute cette neige isole
Ont cessé de se faire entre eux
Leurs confidences bénévoles.


– Bois feuillus qui, pendant l’été,
Au chaud des feuilles cotonneuses
Avez connu les voluptés
Et les cris des huppes chanteuses,

Vous qui dans la douce saison,
Respiriez la senteur des gommes,
Vous frissonnez à l’horizon
Avec des gestes qu’ont les hommes.

Vous êtes las, vous êtes nus,
Plus rien dans l’air ne vous protège,
Et vos coeurs tendres ou chenus
Se désespèrent sur la neige.


– Et près de vous, frère orgueilleux,
Le sapin où le soleil brille
Balance les fruits écailleux
Qui luisent entre ses aiguilles.



Anna de Noailles, « L’hiver » extrait du recueil Le Coeur innombrable.
 

Quel bonheur chaque fois

Que tu m’embrasses

Et que je m’embrase

Dans tes bras 

Je me dis alors

En toute quiétude 

Que tes baisers mouillés 

Tombent à l’eau de ma bouche 

Jean SAINT-VIL 

le 14 décembre 2020

                        BONNE ANNEE (fin décembre 2020

« Ah je désespérais de mes frères sauvages

Je voyais je voyais l’avenir à genoux

La bête triomphante et la terre sur nous….

Un jour pourtant un jour viendra couleur… »

Non, pas couleur d’Orange

pas couleur d’orage

pas couleur de rage et de désespoir

Un jour comme un oiseau

Et encore ça dépend de quel oiseau il s’agit

De quel mauvais augure

De quelle mauvaise engeance

De quelle mauvaise aubaine

De quelle mauvaise graine

Un jour couleur d’Amour qui n’a pas de couleur

ou bien qui les a toutes

Couleur de Liberté et de Fraternité

Un jour futur et des millions de jours

des jours présents des jours plaisants

des jours de nouvel an et pas d’ordre nouveau

des jours de nous veillant

s’éveillant , s’émerveillant

des jours de mains tendues

d’humains tant attendus

Des jours d’humanité de solidarité

Des jours qui seront autre chose que le jour

que leur jour

leur abat-jour leur rabat-joie

couleur de nuit de suie d’ennui de ce qui s’ensuit

des jours différents des jours autres que les jours noirs

de terreur de torpeur et de peur et d’horreur

d’erreurs d’erreurs d’erreurs

JE NOUS SOUHAITE DES JOURS QUI REMETTRONT A L’HEURE

les pendules de l’histoire

les horloges de la raison

les sabliers d’intelligence

A la bonne heure

A l’heure H

Comme Humain

Je nous souhaite une bonne heure

une bonne heureuse année

et un bonheur à naître pour les années futures

Un jour pourtant un jour viendra….

yves le car

                                            BONNE ANNEE

Moi ça m’emmerde l ‘jour de l’an

C’est des giri’ c’est des magnières,

On dirait qu’on est des rosières

Qui va embrasser sa maman.

C’en est des fricassées d’ museau :

Du p’tit môme à la trisaîeule,

Les générations s ‘lich’ la gueule …

Et d’dans ça s’dit : Crèv’donc, chameau !

Su’l ‘boul’vard on n’est pas chez soi ;

Y a cor’pus d’mond’ que les dimanches,

Autour d’un tas d’ baraqu’en planches,

Des magnièr’de nich’ où c’qu’on voit :

Des poupées, des sing’, des marrons

Glacés, des questions nouvelles,

Des dragées, des porichinelles,

J’te vas en fout’moi, des bonbons !

Tas d’ prop’à rien ! Tas d ‘saligauds !

Avec vos môm’ , avec vos grues,

Vous m’ barrez l’ trottoir et les rues,

J’peux pas ramasser mes mégots.

C’est qu’il a du mal el’trottoir,

Pour caler les joues à son monde ;

J’peux pas compter sur ma gironde,

On me l’a ramassée l’aut’soir.

Et faudrait qu’j’aye el’coeur content ?

Ah ! Nom de dieu ! C’est rien de l’ dire,

J’étais ben pus chouett’ sous l’Empire,

Ca m’emmerdait pas l ‘jour de l’an.

                                 Aristide Bruant.

Quand :

l’air même n’est plus sûr,

seules les distances rassurent,

le futur est dans un brouillard hivernal,

la lumière n’éclaire que par intervalles,

les illuminations de Noël perdent leur magie

les souhaitsde Bonnes Fêtes servent de béquille,

les Musées et Galeries ont dû s’éclipser

les théâtres, resto, cafés sont endeuillés

alors, il nous reste encore :

la famille, l’amitié.

Les souvenirs, les photos, les écrits

soit au moins, mais autrement, les arts !

On peut écrire soi-même, lire au hasard,

peindre, sculpter, dessiner ;

jouer sa musique ou l’écouter…

Car la culture est et reste essentielle

L’oublier est un péché

L’Intelligence Artificielle et le virtuel

ne remplacent pas les présences !

Garder l’espoir, seule alternative.

Etre prudent et se soutenir

Seules portes de sorties…

Danielle Gramme